Tracer sa voie sans se conformer : l’expérience d’Amélie
- 28 oct. 2024
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 8 sept. 2025

Faire sa place sans se formater
Amélie Di Meo n’a pas attendu d’être à 100 % prête pour oser. Elle n’a pas cherché à surjouer la confiance, ni à entrer dans un moule. Très tôt, elle a compris que la justesse comptait plus que l’apparence de certitude. Ce qu’elle a construit, ce n’est pas une posture affichée, c’est une manière d’être alignée, fondée sur la clarté, la rigueur et l’analyse.
Elle évolue dans un environnement exigeant : la grande distribution, avec ses enjeux de négociation, ses équilibres commerciaux, ses dynamiques souvent tendues et ses codes bien installés. Un univers qui valorise la rapidité, la décision, la solidité. Où il faut convaincre, souvent vite, toujours bien. Mais elle ne s’est jamais laissée enfermer dans les postures attendues.
« Ce n’est pas le volume de la voix qui compte. C’est la solidité du point de vue. »
C’est là qu’Amélie ancre sa pratique professionnelle. Elle choisit de ne pas répondre à toutes les attentes implicites. Elle affirme ses positions, non pas en forçant le trait, mais en s’appuyant sur les faits, sur une réflexion construite. Une manière assumée de ne pas s’excuser d’exister dans les discussions à enjeux. Et, surtout, de ne pas s’effacer quand la pression monte — car ce sont précisément ces moments-là qui exigent le plus d’ancrage.
Nommer les freins, choisir d’agir
Avec le recul, elle identifie l’un des freins les plus puissants dans son parcours : celui de la légitimité. Non pas celle qu’on vous conteste frontalement, mais celle qu’on n’ose pas s’accorder à soi-même. Une légitimité intériorisée, soumise à des mécanismes d’auto-surveillance discrets mais puissants.
Ne pas parler trop vite. Ne pas postuler trop tôt. Ne pas s’avancer tant que tout n’est pas parfaitement carré. Ce réflexe, Amélie l’a connu. Et elle l’observe encore aujourd’hui chez de nombreuses femmes autour d’elle. Il ne s’agit pas d’un manque de capacité ou d’ambition, mais d’une habitude profondément ancrée de se retenir. De différer, d’attendre. De faire passer la prudence avant la projection.
« La légitimité, ce n’est pas attendre qu’on nous l’accorde. C’est décider qu’on a notre place. »
Ce qu’elle revendique aujourd’hui, ce n’est pas une confiance en soi absolue, affichée en toutes circonstances. C’est autre chose : une lucidité. Celle qui permet de repérer les freins invisibles, de les nommer, de les regarder en face. Et de continuer malgré eux. Car il ne s’agit pas de gommer le doute. Il s’agit de ne pas le laisser piloter.
Déconstruire les freins invisibles
Amélie est aussi lucide sur les mécanismes plus profonds, ceux qui ne viennent pas directement de l’extérieur. Ces freins ne sont pas toujours perçus comme des obstacles. Ils peuvent même être confondus avec des qualités : prudence, modestie, souci du détail. Mais, combinés, ils peuvent ralentir la progression, freiner la prise d’initiative, voire éroder la confiance.
Elle parle de cette attente implicite de “cocher toutes les cases”. D’être irréprochable avant même d’oser imaginer accéder à certaines fonctions. Ce n’est pas un doute sur les compétences, c’est un doute sur le droit d’être là. Et cela pèse. Cela rend les trajectoires plus lentes, moins visibles. Cela retarde les élans, même les plus légitimes.
« La légitimité ne dépend pas du contexte. Elle dépend de la confiance qu’on met dans ses propres analyses. »
Elle insiste : ce n’est pas une affaire de tempérament ou de manque d’envie. C’est un système de représentation. Et la seule manière d’en sortir, c’est d’en prendre conscience. Car une fois nommé, ce mécanisme perd déjà une partie de sa puissance.
Miser sur les talents, pas sur les cases
Pour faire évoluer les choses en profondeur, Amélie croit au rôle actif des entreprises. Il ne suffit pas d’ouvrir les portes. Encore faut-il accompagner les personnes à s’y projeter. Et cela demande des gestes concrets : du mentorat, des retours réguliers, de la transparence dans les critères d’évaluation, et surtout — de la confiance donnée tôt, avant que toutes les preuves soient sur la table.
« Il ne s’agit pas de façonner des profils idéaux, mais de faire confiance à des potentiels différents. »
Elle évoque cette réalité souvent passée sous silence : dans les faits, certains profils paraissent plus “sûrs” simplement parce qu’ils sont plus démonstratifs. Mais cela ne dit rien de leur compétence réelle. Ce qui compte, c’est de reconnaître des formes de leadership diverses, d’accepter qu’il n’y ait pas une seule bonne manière de piloter, de s’exprimer, de décider. Et d’investir dans des talents avant qu’ils soient parfaitement “formés” au modèle dominant.
Cette responsabilité, elle ne la voit pas comme une charge pour les entreprises, mais comme une chance : celle d’élargir ce qui est reconnu, valorisé, encouragé. C’est là, selon elle, que se joue une égalité véritable. Non pas en uniformisant les comportements, mais en permettant à chacun d’exister pleinement, avec ses forces propres.
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